Roda de Choro dans le silence – Méditation musicale et poétique collective #20 – Aglaé & Sidonie – Marseille

⏰Évènement du 11/01/2022 18:00⏰

Une Roda de Choro c’est l’art de l’écoute.
L’art de faire silence pour se connecter au discours musical proposé, dépouiller son esprit de l’incessant et oppressant blabla des pensées et le laisser se faire emporter dans un propos narratif fait de douce réverie et de bonheur transcendantal. C’est aussi est une rencontre informelle de musiciens passionnés par la pratique du magnifique répertoire du Choro, un style de musique instrumental incontournable et très populaire au Brésil qui aborde de nombreux rythmes (choro, samba, polca, maxixe, valse, baião, frevo, etc…). C’est donc un moment de pratique musicale collective et de connexion avec la musique dans un cadre de silence et d’écoute. A Marseille, la Roda de Choro a lieu les mardis soirs, dans un lieu différent chaque semaine, permettant une pratique régulière aux musiciens amateurs avec notamment la participation des élèves des ateliers de choro de l’association La Sincopada, le tout coordonné par Seba Yahia (mandoline). Caractérisé par une incomparable richesse mélodique habillée de swing brésilien, la pratique du choro se fait sans partition ni amplification et dans le silence pour une exécution et une écoute optimale. C’est pour le public une merveilleuse expérience de connexion avec la créativité des musiciens et d’appréciation des timbres acoustiques des différents instruments présents, dans un cadre musical très riche et varié. Parfois mélancolique, parfois irrésistiblement sautillant et jubilatoire, plein de malice et de sensibilité, le choro est une occasion pour les pratiquants et les auditeurs de s’évader en poésie du fracas ininterrompu du monde moderne. Pour en savoir plus sur le déroulement et les codes d’une, Roda de Choro, vous pouvez consulter le texte « La Roda de Choro kézako » qui répondra à toutes vos questions et vous fera passer le temps d’un trajet en bus ou métro agréablement. Il est situé à la fin du descriptif de cet évènement (un peu plus bas donc). Venez vous délecter de ces mélodies pour un apéro dinatoire tout en douceur et en subtilité. Le choro vous intéresse ? Vous êtes instrumentiste et vous souhaiteriez apprendre ? Vous aimeriez participer à la roda de choro ? Apprendre la musique brésilienne ? Venez en toucher un mot à Seba (mandoline) ou allez faire un tour sur la page de l’association La Sincopada Aglaé & Sidonie accueille désormais deux »roda de Choro par mois » Boissons et petite restauration sur place. Les prix ne sont pas majorés. Pass sanitaire demandé. ************************************* La Roda de Choro, kézako ??? (A lire pour dissiper toute forme de malentendu musical, la plupart des questions posées ici et des réponses proposées sont tirées d’expériences vécues dans le cadre de rodas par l’auteur de ces lignes) Il s’agit d’une rencontre de chorões (pratiquants du choro) qui se réunissent pour jouer ce répertoire et le partager avec le public, dans un cadre de calme et d’écoute. Le terme Roda, signifie ronde et décrit le fait que les musiciens jouent assis en cercle. Avec ses allures de récital et en même temps pleine de similitudes avec les boeufs ou les jam sessions, la Roda de Choro peut dérouter y compris des musiciens chevronnés par ses spécificités. Comment l’intégrer ? Quoi jouer ? Quand ? Comment se comporter en tant que public ? Comment l’enrichir et faire plaisir aux musiciens qui la réalisent ? Pour répondre à ces questions il y a plusieurs éléments à prendre en compte. Tout d’abord qu’est ce que le Choro ? Des ouvrages entiers existent sur le sujet, mais pour faire très simple on peut dire que c’est un type de musique instrumental venue du Brésil et caractérisé par un répertoire, un instrumentarium, une longue histoire et des codes de jeu. *** « Comment puis-je découvrir ce répertoire ? » Par l’écoute pardi ! En se plongeant dans les disques (Il existe des centaines de références, mais commencer par écouter ceux de Jacob do Bandolim et de Pixinguinha sera une bonne porte d’entrée dans les classiques du choro et dans sa sonorité), et bien sûr, en fréquentant une bonne roda de choro si vous avez la chance d’en avoir une dans votre ville. *** « Quels instruments sont joués ? » Un regional de choro (nom donné aux ensembles) est constitué d’accompagnateurs et de solistes. L’instrumentarium minimum pour l’accompagnement est de nos jours constitué d’une guitare 7 cordes, d’un cavaquinho, et d’un pandeiro. Traditionnellement il y a en plus une ou deux guitares 6 cordes, et on peut ajouter aussi un tamborim et un reco-reco dans la section de percussion. Les solistes sont des instruments mélodiques tels que mandoline, flûte, clarinette, trombone, trompette, saxophones, accordéon, violon etc… *** « Quels en sont les codes ? » Il y en a pléthore, mais rien de bien compliqué ou d’insurmontable. Il suffit de venir écouter et d’observer pour les comprendre et se familiariser avec le fonctionnement de cette musique. – Tout d’abord, dans une roda de choro, on joue tout simplement du choro, du choro et encore du choro. – Dans cette musique, la mélodie est reine, il faut toujours pouvoir l’entendre clairement au-dessus de l’orchestre (et du bruit ambiant). En ce sens, il faudra adapter les dynamiques de l’accompagnement au volume de l’instrument qui la joue. Par exemple, on accompagnera pas de la même façon une mandoline qui joue pianissimo et un trombone à pleine puissance. Il faut aussi toujours pouvoir entendre distinctement le son de la guitare qui improvise des contrechants dans le registre grave et donne les harmonies. – Il y a bien d’autres codes qui seraient trop longs à détailler ici comme par exemple la façon dont les solistes se passent la mélodie, faisant s’alterner les timbres. Le meilleur moyen de se familiariser avec tout ça est de fréquenter une roda en tant qu’auditeur et spectateur. *** « C’est magnifique ! J’ai trop envie d’en jouer » Si vous ne connaissez pas du tout cette musique, venez quelquefois écouter et observer ce qui se passe dans une roda et posez des questions aux musiciens après la roda. Quand un morceau vous plaît et que vous mourez d’envie de l’apprendre, demandez-en le nom aux musiciens et une fois rentrés, relevez le pour venir le jouer à une prochaine roda ! Une fois que vous l’aurez bien dans les doigts et la tête, les musiciens seront ravis de le partager avec vous comme un bon petit plat. Miam miam ! *** Quel que soit l’instrument que vous pratiquez, pour jouer sur un morceau, il faut soit le connaître, soit déjà très bien connaître le choro et son langage ce qui permet de suivre discrètement l’harmonie et le rythme et, si on joue d’un instrument mélodique, de faire des contrechants qui ne viennent pas brouiller l’écoute de la mélodie. Si vous voulez vous initier au choro, vous pouvez aussi prendre des cours. A Marseille vous pouvez vous rapprocher de l’association La Sincopada qui propose des ateliers d’ensemble hebdomadaires les jeudis soirs de 19h30 à 21h30, au Garage Imaginaire de la Casa Consolat (1 rue Consolat, 13001), animés par le multi-instrumentiste Seba Yahia. *** « Je débute, et je connais un morceau ou une section d’un morceau » Bienvenu pour le jouer ! Attention, si le morceau est connu trop approximativement et que lors de votre exécution le rythme n’est pas bien en place, cela peut nuire à la musique. Si vous ne vous sentez pas prêt, revenez la fois suivante avec un peu plus d’entraînement et lancez-vous. En attendant, vous pouvez toujours le jouer du bout des doigts, en playback, en suivant un soliste plus à l’aise/avancé que vous. *** « Je joue de la percussion et je meurs d’envie de jammer avec les musiciens. » La musique brésilienne étant basée sur le rythme, le langage des percussions est précisément codifié dans chaque style joué. Dans une roda de choro les percussions sont limitées et, jamais doublées, afin d’assurer un groove clair. Il y a, traditionnellement, un pandeiro, un tamborim ou un woodblock et un petit reco-reco de bambou. Si toutes sortes d’expérimentations de set de percussions, de batterie, de sons électroniques ont été faites dans l’histoire de cette musique, gardez à l’esprit que c’est l’oeuvre de musiciens qui ont joué du choro pendant des années et des années avant d’aller chercher d’autres sonorités et que dans la roda, on s’en tient la plupart du temps aux percussions sus-citées, aussi ne soyez pas frustrés si on refuse que vous jouiez avec votre triangle, oeuf, cajon, djembé, shaker, tablas, timbales etc…. *** « Je ne connais aucun morceau, mais je suis un musicien formé et j’adore improviser » Si l’improvisation mélodique est pratiquée dans le choro, ça n’est pas systématique et, quand c’est le cas, c’est plutôt court (16 mesures) et seulement sur certains passages du morceau joué, de préférence sous la forme de variations de la mélodie originale. S’il y a de très nombreux solistes, il n’est pas recommandé que tout le monde prenne une grille à tour de rôle, afin de garder la dynamique du morceau qui est liée à l’interprétation de la mélodie et à l’alternance des timbres instrumentaux. Concernant cette question de l’improvisation, avec ses airs de jazz (musique instrumentale, interaction, improvisation), le choro obéit à des codes assez différents. Pour les connaître il suffit encore une fois de venir écouter et observer pour ensuite s’intégrer à la roda harmonieusement et intervenir en connaissance de cause. *** « Je suis très bon lecteur, est-ce que je peux suivre la musique en lisant des partitions ? » C’est une possibilité séduisante, mais aux antipodes de l’essence de ce qu’est le choro, aussi c’est très fortement déconseillé, surtout si vous débutez. Le choro est une musique de transmission orale dans laquelle la connexion et l’interaction entre les musiciens sont fondamentales. Cela passe par l’écoute bien sûr mais aussi beaucoup par le langage corporel et surtout par le regard qui joue un rôle très important dans les échanges et le dialogue musical avec les partenaires de jeu. Or, comment croiser le regard des autres si on a le nez rivé dans une partition ? C’est passer à côté de la meilleure partie de cette expérience musicale que de se priver de cet aspect. Pour jouer en lisant, il vaut mieux déjà très bien connaître le style pour pouvoir, en dépit de ça, interagir avec les autres. Si on débute dans cette musique, il vaut mieux écouter, mémoriser puis relever les morceaux sur des enregistrements ou se les faire transmettre par un chorão plus expérimenté. *** “Je pratique depuis un moment et je connais déjà plein de choros ! ” Bienvenue dans la roda, c’est comme vous le savez un espace ouvert. Si vous ne connaissez personne, présentez-vous et proposez un morceau ou attendez que les musiciens présents vous invitent à jouer avec eux. La tenue de la Roda de Choro de Marseille est assurée par les musiciens du groupe Bem Brasil – Choro & Samba qui sont rompus à cette pratique. Si vous jouez des percussions, attendez qu’un percussionniste titulaire vous cède sa place. Si vous avez un oeuf ou un shaker, ce sont des instruments à garder dans les poches car ils empiètent à la fois sur le territoire du pandeiro et sur celui de la sacro-sainte mélodie. Vous apporterez beaucoup plus à la roda en écoutant la musique et, ça libérera votre attention pour observer le jeu des percussionnistes et apprendre par imprégnation. D’une manière générale, pensez à doser vos interventions de façon à souligner la structure du morceau. Idéalement, les musiciens doivent faire en sorte d’orchestrer les morceaux ao vivo, afin de ne pas avoir une masse sonore uniforme du début à la fin de la roda, l’idée est de rendre la musique vivante en variant les arrangements, les dynamiques et les timbres instrumentaux. Essayez de rentrer/sortir à des moments charnières du morceau, à proposer des nuances, à solliciter la musicalité des autres participants pour créer collectivement et sur chaque morceau une histoire musicale palpitante. Notez que certains morceaux (valses, choros lents) sont parfois joués sans percussions. *** “Je joue ou chante du forro/des sambas/ des bossas” Genial ! Ce sont de magnifiques répertoires et le choro a eu une très grande influence sur ces musiques. (Ce sont en effet les musiciens de choro qui jouent sur la plupart des enregistrements depuis l’apparition du disque à la fin des années 70). Bienvenus donc pour découvrir cet univers qui en a nourri tant d’autres. Lors de la roda on s’en tiendra au répertoire du choro, aussi, ne soyez pas déçus. Il y a plein d’autres occasions et espaces pour jouer d’autres styles brésiliens, ou autres. . Le répertoire vocal est parfois abordé en fin de Roda, avec des choros dont les mélodies se sont vues habillées de paroles ou avec des Sambas-cancão. Si c’est le cas, la connaissance du répertoire vous orientera sur les morceaux propices à ces doux moments de chanson. *** “Je peux me caler sur vous, improviser un truc à la cool derrière ?” Si vous avez lu ce qui précède, vous connaissez déjà la réponse à cette question 😉 « Je viens écouter la roda » Bienvenue !! Que seraient les musiciens sans un auditoire réceptif ? Le public par son écoute attentive fait complètement partie de la roda ! Il a la lourde responsabilité de créer l’espace de silence dans lequel la musique va pouvoir se déployer. La mélodie étant reine (voir plus haut), et une roda étant de préférence acoustique, le bruit de fond est à proscrire car très gênant pour les musiciens. Merci de leur apporter votre soutient par votre discrétion et votre écoute. Si vous avez à tout prix besoin de parler, éloignez vous et privilégiez le chuchotement. Aussi, ne prévoyez pas de venir faire vos réunions post travail ou grandes retrouvailles de groupes d’anciens amis dans cet espace. Le bar ou le restaurant voisin s’y prêtera parfaitement et personne ne vous en voudra. La roda n’est pas une animation pour faire la fête, c’est un moment de pratique publique pour le plaisir du partage. Les musiciens ont besoin de bien s’écouter les uns les autres et d’interagir pour créer de beaux moments de musique. Le choro est une merveilleuse musique, vous allez passer un très bon moment. Écoutez et observez, vous allez vous régaler ! *** “Est-ce qu’on peut danser” Avec plaisir ! De nombreux morceaux de choro sont très entraînants. Une fois de plus l’idée est de ne pas empiéter sur l’espace sonore des musiciens et de ne pas leur brouiller l’écoute, ni celle du public. *** Moralité Le choro est une très belle musique, riche de plus de 150 ans d’histoire et la roda est un moment de convivialité et de musicalité autour de ce répertoire. L’idée est d’en prendre soin, de le pratiquer pour progresser musicalement et artistiquement, et de vivre de beaux moments de musique, d’échange, de connexion et d’évasion poétique. Toutes ces règles ne sont pas là pour limiter l’expression ou la créativité, mais juste pour bien définir le cadre dans lequel ces dernières sont invitées à se développer, comme c’est le cas dans toutes les traditions musicales populaires. Comme tous les cadres, il reste malléable et extensible mais c’est en le connaissant intimement qu’en sortir puis y revenir prend tout son sens, un peu comme un joli voyage suivi d’un retour dans la chaleur de son foyer. Bienvenus donc pour le découvrir et, s’il vous intéresse, pour l’apprendre et vous y épanouir musicalement et humainement. Bora chorar !!! Seba Yahia – Marseille le 26/10/2021.

Aglaé & Sidonie, 18 rue Beauvau, Marseille

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